Comment photographier un concert ou spectacle ?

Comme pour la photographie sportive, photographier un concert ou un spectacle est relativement complexe, mais très stimulant avec la proximité des artistes et de la scène. La lumière est souvent très irrégulière : il faut donc jongler avec les réglages en permanence pour obtenir une photo correctement exposée. Une bonne maitrise de son matériel, y compris dans l’obscurité, permet d’être très réactif : une réactivité qui est indispensable si vous avez la chance de couvrir un concert important. En effet, la plupart du temps, les grosses productions autorisent les photographes à travailler uniquement sur les trois premières chansons, ou pendant une dizaine de minutes. Pour débuter, il est judicieux de s’exercer dans une petite salle ou un bar où l’entrée est gratuite : il n’y aura aucun problème pour shooter le concert entièrement ou pour se faire accréditer.

300 mm – 1/800 – 1000 ISO – f/2.8. L’usage d’une longue focale permet d’obtenir un beau portrait. Capter le regard de l’artiste valorise le cliché.

Le matériel indispensable

Un seul boitier est suffisant, inutile de s’encombrer avec deux boitiers. Une bonne montée en sensibilité ISO est primordiale : il n’est pas rare de grimper à 3200 voir 4000 ISO. La cadence de la rafale a peu d’importance : c’est au photographe de déclencher au bon moment.

L’utilisation de plusieurs objectifs permet de varier les prises de vues :
Un grand angle pour les cadrages larges : Canon 16-35 f/2.8, Nikon 14-24 f/2.8, Tokina 11-16 f/2.8, ou un Tamron 17-50 2.8
Un téléobjectif 70-200 mm pour les cadrages plus serrés : Canon 70-200 f/2.8, Tamron 70-200 2.8, Sigma 70-200 2.8, Nikon 70-200 2.8. Une focale fixe de 85 ou 135 mm est également pertinente : le 135 mm f/2 de Canon offre un piqué excellent, pour un tarif deux fois élevé qu’un 70-200 2.8 IS.
– Éventuellement un long téléobjectif : un 300 mm ouvrant à f/2.8.
C’est lourd, onéreux, et encombrant, mais une telle optique offre des clichés exceptionnels et de très beaux portraits.
Un flash cobra n’est pas nécessaire : son usage fausserait totalement la belle ambiance lumineuse de la scène. La plupart du temps il est d’ailleurs interdit par les organisateurs.
Transporter le tout dans un sac bandoulière (et éventuellement le 300 2.8 sur l’autre l’épaule) reste le plus pratique : l’accès au matériel est rapide et le changement d’objectifs se fait sans devoir poser le sac au sol. Un sac à dos peut également convenir : le matériel semble moins lourd à porter, mais vous serez moins réactif pour shooter.

Dernier élément : il est judicieux, voire indispensable, d’emporter avec vous des bouchons d’oreilles pour couvrir un concert. En mousse condensée ou en mousse expansée pour un usage occasionnel (quelques euros en Pharmacie), ou en silicone pour un usage fréquent. Une protection auditive atténue largement le niveau sonore en décibels (100 à 110 dB lors d’un concert) et évite les risques de lésions de votre audition.

Le matériel idéal pour couvrir un concert : un boitier pro ou semi-pro avec une bonne montée en ISO, un grand angle type 16-35 2.8, un 70-200 2.8, et les indispensables bouchons d’oreilles !

Comment se placer pour photographier un concert ?

Si vous possédez un badge d’accréditation, l’endroit le plus intéressant est bien entendu la fosse pour photographe : il s’agit d’une zone étroite séparant la scène du public. Depuis cette zone, vous pouvez photographier la scène ou un artiste au grand angle, vous concentrez sur un ou deux artistes avec un 70-200. Avec une focale de 200 à 300 mm vous pouvez également tenter des plans très serrés sur un chanteur pour capter son regard ou son attitude. Si la fosse est encombrée et qu’il est donc difficile de se déplacer, évitez dès le départ de vous placer face au pied de micro du chanteur : le cas échéant il sera difficile de photographier l’artiste sans son micro devant la bouche.
Soyez créatif : une fois que vous avez ce qu’il faut, cherchez d’autres angles : y a-t-il une possibilité de photographier le public et la scène depuis un point haut ? Avez-vous tenté des gros plans sur des détails forts : les mains d’un pianiste sur son piano, le médiator d’un guitariste, archet d’un violoniste… Jouez avec la lumière et les ombres : elle fait partie intégrante du spectacle, il faut donc exploiter son potentiel.

300 mm – 1/800 – 3200 ISO – f/2.8 – Une longue focale comme le 300 mm permet de capter une attitude intéressante de l’artiste à une plus grande distance de la scène et d’éviter ainsi l’effet de contre-plongée : un effet inévitable en étant dans la fosse…

Indochine au Main Square d'Arras

14 mm – 1/640 – 5000 ISO – f/2.8

Concert d'Indochine à Gayant-Expo

14 mm – 1/640 – 4000 ISO – f/2.8

Le public est juste derrière vous, profitez-en pour l’inclure dans votre reportage : il fait partie intégrante du concert ! Pour gagner en profondeur vous pouvez lever le bras le plus haut possible pendant quelques secondes, avec le mode Live View de votre boitier pour éviter un cadrage au pif grâce à l’écran LCD, puis désactiver le Live View et appuyer à mi-course sur le déclencheur pour une mise au point automatique, et shooter ! Avec cette méthode et un peu de chance, vous obtenez des clichés très sympas du public. Si le public bouge, une vitesse d’obturation d’1/500 est un minimum. Tentez également d’immortaliser la complicité des artistes avec le public : donnez des frissons à ceux qui vont regarder vos images !

Important : n’oubliez jamais que le public paye sa place : respectez-le, soyez humble, et essayez de le gêner le moins possible pendant votre reportage.

80 mm – 1/500 – 4000 ISO – f/2.8.

Patrick Bruel

42 mm – 1/1000 – 2000 ISO – f/2.8.

34 mm – 1/500 – 2500 ISO – f/2.8

73 mm – 1/500 – 2000 ISO – f/2.8.

Ci-dessus, l’image de gauche apporte une information : il s’agit du groupe de rock « La Ruda », n’hésitez pas à utiliser des éléments de décor pour augmenter l’intérêt d’une image.

Lors d’un gros concert, si vous n’êtes pas accrédité il sera très difficile de passer la sécurité avec votre matériel. Et quand bien même, photographier un concert à 100 m de la scène a très peu d’intérêt : laissez votre matériel à la maison et profitez pleinement du concert !

La fameuse fosse : elle sépare la scène du public via de nombreuses barrières. C’est à cet endroit que les photographes accrédités peuvent travailler. L’accès est parfois difficile avec les barrières : une bonne condition physique et un sac pas trop lourd sont nécessaires.

Comment se placer pour photographier un spectacle ?

Photographier un spectacle (one man show, pièce de théâtre) est plus complexe qu’un concert : il n’y a pas de fosse, il faut rester sur le côté et être très discret ! Il est également indispensable de limiter le bruit pour ne pas déranger les artistes et le public : en concert votre obturateur est inaudible, mais pour un spectacle on oublie la rafale et on déclenche au coup par coup (mode one shot). Certains photographes de presse utilisent des housses antibruits pour réduire le bruit de l’obturateur ou utilisent carrément un appareil hybride comme la série NEX de Sony ou le X-100 de Fuji. Sur une grosse production, il est possible en général de couvrir uniquement les dix premières minutes du spectacle, il faut donc comme pour un concert connaitre votre matériel sur le bout des doigts. Pour ne pas gêner les spectateurs assis (et qui payent leurs places), il est parfois pertinent de s’éloigner un peu de la scène et d’utiliser un 70-200 pour les plans larges et un 300 pour les plans serrés.

300 mm – 1/800 – 1600 ISO – f/2.8

85 mm – 1/640 – 1600 ISO – f/2.8

Rassurez-vous, pour les petits spectacles, notamment ceux des enfants en fin d’année scolaire ou les spectacles de rue, la prise de vue est beaucoup moins contraignante : la lumière est souvent abondante et vous pouvez vous placer durant toute la représentation à proximité de la scène.

16 mm – 1/1600 – 500 ISO – f/4. Photographier un spectacle de rue est accessible à tous : n’hésitez pas à jouer avec l’artiste. C’est le meilleur moyen d’obtenir une photo très vivante !

Les réglages à adopter

Pendant un concert, l’éclairage et les contrastes sont violents : une partie de la scène est éclairée, le chanteur par exemple, et le reste de la scène est très sombre. Par défaut, un réflex effectue une mesure de la lumière sur plusieurs zones (évaluative chez Canon et matricielle chez Nikon), or comme l’essentiel de la scène est sombre, le boitier va surexposer l’image et le chanteur sera cramé (complètement blanc) ! Pour éviter ce phénomène, il faut mesurer la lumière uniquement sur l’artiste : c’est le rôle de la mesure spot. En mesure spot, le boitier mesure la lumière uniquement sur une petite zone au centre de l’image. Ainsi, avec ce mode indispensable pour la photographie de concert et de spectacle, l’artiste est correctement exposé et l’arrière-plan parfaitement sombre.

La lumière est souvent multicolore et il est donc impossible de modifier manuellement la balance des blancs à chaque variation. Il faut donc utiliser la balance des blancs automatique : le résultat est rarement parfait, mais très convenable. Privilégiez le format RAW au détriment du JPEG pour garder la possibilité de modifier la balance des blancs. Ce format permet également de corriger une erreur d’exposition (image trop sombre ou trop claire) et offre une meilleure dynamique (hautes lumières non cramées, noirs non bouchés).

Pour le mode d’exposition, il y a trois possibilités :
– Le mode priorité à l’ouverture du diaphragme (AV chez Canon, A chez Nikon) : on choisi la plus grande ouverture de l’objectif (exemple f/2.8) et la sensibilité ISO (exemple 2500), et le boitier calcul lui-même la vitesse d’obturation à adopter pour bien exposer l’image. Il suffit d’adapter la sensibilité ISO pour obtenir une vitesse d’obturation suffisante (par exemple 1/500 si le chanteur est très mobile, 1/200 si il est fixe).
– Le mode manuel (M chez Canon et Nikon) : on choisit la vitesse, l’ouverture, et la sensibilité ISO. Le boitier nous indique dans le viseur si la photo est correctement exposée ou pas, il suffit de corriger l’un des 3 paramètres pour obtenir une bonne expo. Pour rappel, vous pouvez lire le tutoriel sur les notions de base. Ce mode est le plus complexe, mais le plus efficace une fois qu’il est maitrisé. Lors d’un concert l’inconvénient est qu’il faut sans arrêt jongler avec les paramètres, puisque la lumière est très variable : mais c’est comme conduire une voiture, on ne fait plus attention au passage des vitesses avec le temps.
– Le mode manuel avec ISO auto : comme ci-dessus, on choisi la vitesse et l’ouverture, et le boitier choisi la sensibilité ISO pour obtenir une exposition correcte. Ce mode n’est toutefois pas disponible sur tous les boitiers.

Les clés pour réussir vos photos lors d’un concert : mesure spot (le point dans le rectangle), mode manuel (M), balance des blancs auto (AWB), grande ouverture f/2.8, vitesse d’obturation minimale de 1/500 si l’artiste bouge beaucoup (1/200 voir 1/100 s’il est plutôt statique), ISO à 1600, 2000, 2500, 3200, voir 4000, mode rafale et autofocus en continu (Al Servo chez Canon, AF-C chez Nikon), enregistrement des images au format RAW.

Comment s’accréditer à un concert ou un spectacle ?

L’accréditation est le précieux sésame que le photographe porte autour du cou, et qui est remis par l’organisation lors d’un concert ou un spectacle. Cela ne concerne que les événements importants ou de tailles moyennes : pour un concert gratuit dans une petite salle, il est rarement nécessaire d’obtenir une accréditation pour shooter.
La difficulté pour obtenir une accréditation est très variable, car l’importance de l’événement et sa médiatisation entrent en jeu. En général, il faut avoir une légitimité : être photographe-journaliste, correspondant de presse, photographe de la ville, photographe pour une agence ou un webzine. L’organisateur offre une autorisation d’utiliser l’image d’un artiste en échange d’un article de presse, d’un retour, donc si vous venez à titre personnel juste pour vous amuser, passez votre chemin… Si vous voulez vous exercer à la photographie de concert, orientez-vous vers les petits concerts municipaux ou les petits festivals.

Kev Adams

300 mm – 1/800 – 3200 ISO – f/2.8

Olivia Ruiz

35 mm – 1/640 – 4000 ISO – f/2.8

16 mm – 1/500 – 4000 ISO – f/2.8

17 mm – 1/200 – 3200 ISO – f/2.8

Laurent Gerra

300 mm – 1/500 – 3200 ISO – f/2.8

Patrick Sebastien

300 mm – 1/800 – 3200 ISO – f/2.8