RAW ou JPEG ?
Une fois les notions de base assimilées (réglage de l’ouverture, de la vitesse de l’obturateur, et de la sensibilité ISO), les choix du boitier et des objectifs terminés, une question importante se pose au photographe. Quel format d’image choisir lors d’une prise de vue ?
Le classique et très connu format JPEG dont le rapport qualité d’image / poids du fichier est excellent et imbattable ? Ou le format RAW, plus lourd, mais qui constitue un véritable négatif numérique offrant d’immenses possibilités lors du post-traitement ? Éléments de réponse.
Le format JPEG
Acronyme de Joint Photographic Experts Group, le JPEG est le format d’image compressée le plus courant en photographie et il offre le meilleur rapport entre qualité et poids (en ko ou Mo). Le format JPEG (.jpg ou .jpeg) réduit le poids d’un fichier brut en supprimant certaines données d’une image, notamment celles qui sont imperceptibles par l’œil humain. Ce dernier étant sensible à la luminance, mais assez peu à la chrominance. Pour réduire efficacement le poids d’une image, la compression JPEG utilise donc cette faiblesse de l’œil humain.
Une image très fortement compressée (qualité 0 sur Aperture) comme ci-dessus à droite occupe moins d’espace disque (53 ko), mais présente un effet de mosaïque désagréable dans les dégradés et de nombreux artefacts. Sur l’image de droite, la qualité est de 10 : la compression est imperceptible, par contre la taille de l’image est plus importante avec 127 ko. Lorsque l’on souhaite stocker ses photos en JPEG, un taux de compression faible est recommandé pour obtenir une très bonne qualité : 9 ou 10 sur Aperture, proche de « high » sur Photo Mechanic, 9 ou 10 sur Photoshop, 80 ou 90% sur Lightroom, et 90 sur DxO Optics.
Sur votre boitier, le choix du format JPEG qualité « L » avec une compression assez faible de 9 ou 10 (ou « fine » sur certains APN) est l’idéal si vous ne souhaitez pas utiliser le format RAW tout en gardant un fichier offrant une bonne qualité d’image.
Le format RAW
Le format RAW qui signifie « brut » en anglais, est un fichier contenant toutes les informations brutes venant du capteur : il s’agit en gros d’un négatif numérique, comme la pellicule à l’époque de l’argentique. Sur ce « négatif », les données ont subi une compression sans perte et aucun traitement n’est appliqué. Le contraste, la netteté, la balance des blancs, ou la saturation doivent être appliqués lors du post-traitement.
Contrairement au format JPEG qui limite la plage dynamique du capteur avec encodage sur 8 bits/couleur (2^8 soit 256 niveaux), le format RAW utilise la plupart du temps un encodage sur 12 (2^12, 4 096 niveaux) ou 14 bits (2^14 soit 16 384 niveaux) et offre donc une bien meilleure plage dynamique. Cette caractéristique est essentielle : elle permet aux photographes de corriger l’exposition si nécessaire (image trop claire ou trop sombre) et éventuellement de récupérer des détails dans les hautes lumières ou les zones sombres.
Le format RAW n’est pas normalisé et il existe autant de RAW différents que de boitiers. Sur un Mac, il est possible de visualiser dans le Finder la plupart des fichiers RAW comme un simple fichier JPEG, Apple propose une mise à jour de temps en temps pour inclure les nouveaux boitiers. Sur PC, Windows 7 ne prend pas en charge nativement les fichiers RAW dans l’explorateur de fichiers, mais peu importe : un RAW se « développe » avec un logiciel dédié comme Aperture, Photoshop, Lightroom, iPhoto, Photo Mechanic, ou DxO. N’ayez pas peur du mot « développer » : il s’agit simplement d’ajuster le contraste, la netteté, la saturation, et éventuellement la balance des blancs. Par défaut, un RAW utilise la balance des blancs réglée sur le boitier lors de la prise de vue. L’énorme avantage du RAW est qu’il permet de modifier cette balance lors du post-traitement sans altérer la qualité.
Pour gagner du temps, il est possible d’effectuer les réglages sur une seule image, et d’appliquer le même traitement sur toute la série : une opération simple et rapide.
Une fois que les ajustements sont terminés, il suffit d’exporter les photos RAW en photos JPEG, rien de bien sorcier !
Sur une scène très contrastée comme ci-dessus à gauche avec le soleil de face, une image JPEG (8 bits) crame les hautes lumières et détruit les informations : il est donc impossible de les récupérer en post-traitement avec un logiciel comme Aperture ou Lightroom.
Sur la même scène, ci-dessus à droite, une image au format RAW (12 bits, provenant d’un Fuji X100) crame également les hautes lumières par défaut, mais il est possible de récupérer l’information très facilement lors du développement. Le format RAW offre donc une bien meilleure dynamique avec des détails dans les hautes lumières et dans les ombres.
L’extension d’une image RAW varie en fonction du constructeur : .cr2 chez Canon, .nef chez Nikon, .arw chez Sony, .pef chez Pentax, .rw2 chez Panasonic, .orf chez Olympus, .raf chez Fujo, ou .x3f chez Sigma.
RAW ou JPEG ?
Le choix du format RAW plutôt que le classique JPEG est judicieux quand les conditions sont difficiles : balance des blancs et exposition aléatoires pour les sports en salle avec un éclairage cyclique, paysage avec un fort contraste, robe de la mariée en plein soleil, contre-jour sans flash, ciel très nuageux ou blanc, et bien sur toute prise de vue où la balance des blancs est difficile à régler.
Un fichier RAW est beaucoup plus lourd qu’un JPEG (4x plus lourd) est ralenti fortement le mode rafale du boitier : l’usage du format RAW nécessite donc l’achat de cartes mémoires rapides de 8, 16 ou 32 Go et d’un ordinateur performant si vous ne voulez pas vous arracher les cheveux tellement … c’est lent à traiter !
Dans un souci de réactivité, la plupart des photo-reporters utilisent uniquement le format JPEG pour envoyer leurs images. Toutefois, avec un ordinateur récent et puissant, un lecteur de carte FireWire 800 ou USB 3 et surtout un disque dur de type SSD, le post-traitement des fichiers RAW est toutefois très rapide. Il est également possible d’utiliser le mode RAW+JPEG : dans ce cas le boitier enregistre les deux formats sur votre carte mémoire (voir du RAW sur la première carte et du JPEG sur la seconde carte avec un boitier pro).
| Format | JPEG |
RAW |
| Retouche |
Limitée | Maximale |
| Poids |
Léger (quelques Mo) | Lourd (quelques dizaines de Mo) |
| Transmission / Partage | Rapide, idéal pour partager une photo sur Facebook ou par mail. | Le RAW est un négatif numérique qu’il faut développer : il est peu adapté à la transmission. |
| Stockage sur disque dur |
Un disque de 2 To (2 048 Go) peut stocker environ 250 000 photos JPEG. | Un disque de 2 To (2 048 Go) peut stocker environ 66 500 photos RAW. |
| Tirage papier |
Format idéal pour l’impression. | Impossible de faire un tirage avec une image RAW, elle doit être développée en RAW ou en TIFF. |
| Encodage de la luminosité (dynamique) |
Sur 8 bits, une dynamique faible qui ne permet pas de capturer des nuances dans les hautes lumières. | Sur 12 ou 14 bits, ce qui permet de ne pas cramer les hautes lumières et de ne pas boucher les noirs. |
Le choix du format influe sur la capacité de votre carte mémoire
Vous trouverez dans le tableau ci-dessous, le nombre de clichés à une sensibilité de 100 ISO (format JPEG L avec une compression de 8 et format RAW ) qu’il est possible de stocker en fonction de la résolution du capteur de votre boitier et de la capacité de la carte mémoire.
| Capteur | 4 Go | 8 Go | 16 Go | 32 Go | 64 Go |
| 10 Mpx 1DMK3, 400D, D3000, K-m |
1060 JPEG 270 RAW |
2120 JPEG 540 RAW |
4240 JPEG 1080 RAW |
8480 JPEG 2160 RAW |
16960 JPEG 4320 RAW |
| 12 Mpx D3s, D300s, 1100D, K-r |
885 JPEG 230 RAW |
1770 JPEG 460 RAW |
3540 JPEG 920 RAW |
7080 JPEG 1840 RAW |
14160 JPEG 3680 RAW |
| 16 Mpx 1DMK4, D5100, D7000, K-5 |
660 JPEG 185 RAW |
1320 JPEG 370 RAW |
2640 JPEG 740 RAW |
5280 JPEG 1480 RAW |
10560 JPEG 2960 RAW |
| 18 Mpx 1Dx, 7D, 60D, 600D |
590 JPEG 155 RAW |
1185 JPEG 310 RAW |
2370 JPEG 620 RAW |
4745 JPEG 1240 RAW |
9490 JPEG 2480 RAW |
| 21 Mpx Canon 5DMK2, 1DSMK3 |
505 JPEG 130 RAW |
1010 JPEG 260 RAW |
2020 JPEG 520 RAW |
4040 JPEG 1040 RAW |
8080 JPEG 2080 RAW |
| 24 Mpx Nikon D3x, Sony A77, A65 |
440 JPEG 115 RAW |
880 JPEG 230 RAW |
1760 JPEG 460 RAW |
3520 JPEG 920 RAW |
7040 JPEG 1840 RAW |
Le poids d’une image dépendant des conditions de prises de vue, notamment de la sensibilité ISO et du taux de compression JPEG, les chiffres ci-dessus ne sont donnés qu’à titre indicatif.
Le choix du RAW ou du JPEG dépendra finalement de votre utilisation et surtout de votre matériel informatique. Inutile de s’essayer au post-traitement d’un reportage de 500 fichiers RAW avec un PC qui a une dizaine d’années. Paradoxalement, le RAW est réputé pour être utilisé par les photographes professionnels, mais pour un amateur l’usage de ce format peut rendre bien des services : notamment corriger les erreurs d’exposition et la balance des blancs. Pour le pro, ces paramètres sont parfaitement maitrisés, et si la dynamique a peu d’importance, il peut tout à fait se contenter du format JPEG pour gagner du temps et de l’espace mémoire sur ses cartes et disques durs.
Johan BEN AZZOUZ









