Stéphane Mortagne, Photojournaliste

Stéphane Mortagne lors de l’inauguration du stade du Hainaut à Valenciennes en juillet 2011.

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quels sont ton métier et ta spécialité ?

Stéphane Mortagne, dix ans de photojournalisme au sein de la rédaction de « La Voix du Nord ». Ma spécialité c’est notamment à 80 % le sport tous domaines confondus, et le reste concerne essentiellement l’actualité, la politique, les portraits, et les reportages de fond.

Quel a été ton parcours pour devenir photojournaliste ?

Mon parcours est assez atypique, j’ai commencé comme CLP (correspondant local de presse) sur la zone Roubaix-Tourcoing pour les pages locales de « La Voix du Nord ». À cette époque j’ai été mis à l’épreuve sur de l’écrit pour des comptes rendus de matchs et en même temps sur la photo. Je travaillais également en parallèle dans un studio photo. Par la suite j’ai évolué en devenant pigiste, c’est à dire titulaire de la carte de presse, pour « La Voix des Sports », l’hebdomadaire sportif du groupe « La Voix du Nord ». « Carté » (NDLR : titulaire de la carte de presse), j’ai pu travailler également pour d’autres canards (« Le Parisien », « L’équipe », « Géo »), l’agence « Reuters », et pour certains magazines spécialisés dans l’automobile. En 2004, on m’a proposé un CDD d’un an au service photo de « La Voix du Nord » et à cette issue j’ai pu décrocher un CDI !

Quel matériel utilises-tu pour la prise de vue ?

J’utilise deux boitiers Nikon D3 avec un objectif Nikkor 400 2.8 ou un 300 2.8 pour le football, un Nikkor 70-200 2.8, un grand angle 14-24 2.8, et parfois un Nikon 35-80 f/4-5.6.
La plupart de mes images sont réalisées sans flash, sauf lorsqu’il faut déboucher un contre-jour ou lors d’un fait divers nocturne.

Que penses-tu du nouveau Nikon D4 ?

Le gros avantage de ce nouveau boitier est le gain en cadence (11 voir 12 images/s) et en sensibilité : 12 800 ISO, extensible à 204 800 ISO ! La liaison Ethernet est également un gros plus pour moi : il sera possible d’envoyer les images très rapidement en reliant le boitier sur l’ordinateur.
Le mode vidéo Full HD est un atout important. Il faut savoir qu’on demande de plus en plus aux photographes de la PQR (presse quotidienne régionale) de réaliser des courtes vidéos pour alimenter les sites internet et les versions « iPad » des journaux. J’espère pouvoir utiliser un D4 avec un 200-400 f/4 lors des prochains J.O. cet été.

Quels sont tes deux objectifs favoris et pourquoi ?

Le Nikkor 400 2.8 bien sur, pour le sport et notamment le football. Cette optique permet d’aller chercher l’action très loin et évite le recadrage. C’est également un caillou qui offre un piqué extraordinaire, meilleur que sur le Nikkor 300 qui est déjà excellent.
Le 400 est parfaitement adapté aux sports sur grands terrains comme le football ou le rugby.

Ma deuxième optique de référence est le grand angle Nikkor 14-24, que j’utilise notamment en semaine pour couvrir l’actualité. À 14mm on peut jouer facilement avec les déformations et j’aime obtenir un maximum d’information sur mes prises de vue : le 14 est vraiment une optique faite pour ça.

Canon ou Nikon : pourquoi Nikon ?

Pas vraiment le choix ! Le service photo est équipé en grande partie en matériel Nikon. On a changé de parc photo il y a quelques années avec l’arrivée du Nikon D3 qui offrait un meilleur Autofocus que celui du Canon 1D Mark III et une très bonne gestion du bruit. Je suppose que l’achat de matériel en gros permet d’obtenir d’importantes réductions, et le passage chez Nikon nous permettait notamment d’obtenir un 400 et un 300, d’où ce choix !
Cela dit j’ai toujours été Canoniste, et le passage chez Nikon n’a pas forcément été très simple. Ce qui m’a le plus perturbé c’est le système de verrouillage des optiques. De la droite vers la gauche chez Canon, et de la gauche vers la droite chez Nikon ! Mais on finit par s’y faire…

Quelle est la publication dont tu es le plus fier ?

Je suis assez fier d’une image de rugby qui concerne le LMRC (Lille Métropole Rugby Club) : elle m’a permis d’obtenir le prix régional UJSF de l’année 2007. Une image présentée également au concours national de l’UJSF : j’y ai décroché la troisième place. Ça fait toujours plaisir d’être reconnu par ses pairs !
J’ai probablement obtenu mes plus belles publications lors du match du groupe H de la Ligue des champions 2006-2007, le 6 décembre 2006 à Milan au Stade Giuseppe-Meazza.

Le Milan AC a été battu pour la première fois à domicile par une équipe française, le LOSC ! En trois jours j’ai fait quatre une : trois sur « La Voix du Nord » et une sur « La Voix des Sports ». Les Lillois jouaient en jaune pour la première fois, un maillot spécial pour la ligue des champions. J’ai particulièrement été fier de ma photo de joie des deux buteurs lillois Kader Keita et Peter Odemwingie, tout de jaune vêtus.

Quel est le reportage qui t’a le plus marqué ?

Le tremblement de terre (magnitude de 6.3) à l’Aquila en Italie (200 km de Rome) qui est survenu le dimanche 6 avril 2009. J’ai effectué trois jours de reportage dans ce village totalement détruit. J’ai côtoyé la détresse et le désarroi des gens, mais également les nombreuses répliques sismiques ! Un reportage que je n’oublierai jamais !

Comment te protèges-tu lorsque tu es amené à travailler dans le froid ?

Il faut bien sûr correctement se couvrir : un bon manteau imperméable, doublé à l’intérieur. Le plus important est de protéger les extrémités, car c’est les zones les plus sensibles du corps. Pour les mains, j’utilise des gants en soie avec une paire de mitaines par dessus. Un bon bonnet également et de grosses chaussures de randonnée (3cm d’épaisseur, en caoutchouc) pour éviter que l’humidité et le froid traversent les pieds. Je conseille également d’utiliser des chaussettes très épaisses.
Un sous vêtement à manches longues permet de garder la chaleur, c’est une sorte de teeshirt très moulant utilisé généralement par les joueurs de football ou de rugby. Une vraie deuxième peau qui se trouve dans la plupart des magasins décathlon.

As-tu une technique particulière pour photographier sous la pluie ?

Pour protéger le matériel, j’ai une housse anti-pluie Nikon. Quand il pleut intensivement je laisse l’ordinateur en salle de presse et je transmets mes images uniquement pendant la mi-temps et à la fin du match.
Ensuite il est important d’aérer le matériel au moins trois heures en enlevant les bouchons, caoutchoucs, et caches de protection.

Comment entretiens-tu ton matériel ?

Je nettoie le capteur une fois tous les 15 jours, avec un alcool blanc dilué à 2 % (acheté en pharmacie) et un coton-tige. Je laisse bien sécher et j’enlève les poussières.
Le boitier et les optiques sont nettoyés avec un chiffon sec.

Quel sport préfères-tu photographier et pour quelle (s) raison (s) ?

J’aime tous les sports, mais particulièrement l’athlétisme. Photographier les athlètes dans l’effort présente une certaine complexité. Il faut être présent au bon moment, savoir qui est l’athlète et comment photographier sa discipline : entre du saut en longueur, du saut en hauteur, de la perche, ou un 100m, la technique de prise de vue est très différente. J’aime beaucoup cette diversité qu’offre l’athlétisme.

Selon toi, quel est le sport le plus difficile à photographier ?

La natation. Sur un 50 m nage libre par exemple, si les nageurs restent sous l’eau et ne sortent pas une seule fois la tête c’est compliqué d’obtenir un bon résultat ! Sans parler des problèmes de mesure d’exposition liée à la présence d’eau.
Le cyclisme est également difficile. Pas sur le bord d’une route bien sûr, mais à bord d’une moto. Photographier à 50 ou 60 km/h, en se retournant sur la moto qui vibre, c’est pas toujours évident : notamment pour cadrer correctement. Et si la poussière ou la pluie s’en mêlent, la difficulté grimpe encore d’un cran !
Le Paris-Roubaix, avec ses nombreux pavés, est également « l’enfer du nord » pour les photographes !

Concernant le post-traitement de tes images, avec quel ordinateur et avec quel (s) logiciel (s) travailles-tu ?

Pas de Mac hélas, mais un PC Dell 13″ avec SSD et sous Windows XP. J’utilise le logiciel Nikon View pour sélectionner mes images, et Photoshop CS 2 pour le traitement.
Pour être très réactif, mes photos sont toujours en JPEG, jamais de RAW. Le format RAW a peu d’intérêt pour une publication dans un journal.

Es-tu un inconditionnel des télécommandes sans fil pour placer un boîtier derrière les buts ?

Non, car je n’ai que deux boitiers : j’en utilise un au 400, et un au 70-200 pour ne rien manquer. Mettre un boitier derrière les buts n’est pas très dangereux, à une vingtaine de cm, bien centré, mais il me faudrait un troisième boitier et une télécommande !
Beaucoup de photographes utilisent une Go Pro Hero, c’est une solution qui pourrait m’intéresser…

Quel est ton sac favori ?

Je suis un fada de sac ! Pour le football où les grosses compétitions, j’utilise une valise Think Tank Airport International qui me permet de loger deux boitiers, trois ou quatre optiques, l’ordinateur, le monopode, un siège, un 300, ainsi que des vêtements de pluie comme un poncho et un pantalon k-way.

Pour les reportages du quotidien, j’utilise le sac à bandoulière Crumpler qui offre une grande facilité d’accès pour changer les optiques, le boitier est également hyper protégé. Autre point important : le sac ne ressemble pas à un sac photo. C’est très utile pour les faits divers ou les reportages en milieu sensible, où l’on essaye de ne pas montrer qu’on a un appareil photo dans le sac.

Pour les autres sports (volley, tennis, foot amateur, basket), j’utilise un sac à dos Lowepro Trekker II ou le Crumpler Italian Connection pour y loger un 70-200 monté sur le D3, ainsi qu’une seconde optique, un flash, et quelques bricoles.

Est-ce que tu as déjà couvert une coupe du monde de football ?

J’ai eu la chance de couvrir la coupe du monde de 1998, en tant que pigiste pour « Reuters » et « Le Parisien ». J’ai couvert les matchs au stade Bollaert à Lens, ainsi que le difficile sujet sur le hooliganisme dans les rues de Lens. C’était ma première grosse compétition ! Bons souvenirs.

Quel est d’après toi l’avenir du photographe de presse ?

Avec les nouveaux boitiers et les nouvelles technologies, le photographe de presse sera de plus en plus amené à produire de la vidéo. La vidéo va devenir un élément à part entière du métier de photo-reporter. Le photo-reporter fera toujours de l’image, animée ou fixe, et je pense que la vidéo sera très complémentaire de la photo. Il ne s’agit pas de concurrencer le JRI (journaliste reporter d’image) bien sûr, car le photographe ne produira que de très courts contenus vidéo.

Que conseillerais-tu à un photographe amateur qui souhaite s’initier à la photographie sportive ?

Un boitier avec une cadence d’image assez importante : une fonctionnalité qu’on trouve en général sur les boitiers semi-pro ou pro. Une longue focale, au minimum 200 mm, avec une grande ouverture (2.8 voir 4) : d’une part pour bien isoler le sujet, et d’autre part pour obtenir une vitesse d’obturation importante lorsque la lumière se fait rare.

Pour terminer, lorsque tu couvres une compétition sportive en salle, comment ajustes-tu la balance des blancs ?

En balance auto, j’effectue la correction en post-production avec Photoshop.