Didier Crasnault, Photojournaliste

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quels sont ton métier et ta spécialité ?

Didier Crasnault, je suis reporter-photographe au journal « La Voix du Nord » depuis bientôt 33 ans. Je n’ai pas de spécialité, le métier me force plus ou moins à être polyvalent et à savoir tout faire : sports, culture, spectacle, social, faits divers. Il faut essayer d’être bon dans de nombreux domaines !

Quel a été ton parcours pour devenir photojournaliste ?

Avant de devenir journaliste, j’ai commencé par être photographe. J’ai arrêté mes études l’année du bac pour me lancer dans l’apprentissage. J’ai donc été apprenti-photographe pendant deux ans chez un photographe valenciennois. J’ai obtenu le concours au bout d’un an au lieu de deux, mais j’ai continué mon apprentissage jusqu’à la fin du contrat. À la fin de mes études, service militaire oblige, j’ai été détaché un an à Baden-baden en Allemagne, en tant que photographe pour le service cinématographique des armées. Après, je suis revenu 6 mois dans le valenciennois pour travailler chez mon maitre d’apprentissage, et j’ai eu une proposition pour travailler à Lille au « Shop photo », le plus grand magasin photo à l’époque sur la région. Cette expérience lilloise a été formidable au niveau humain.

Puis en 1979, j’ai eu l’opportunité de me faire embaucher à La Voix du Nord, comme laborantin, je développais les films argentiques. J’ai gardé ce statut une dizaine d’années, tout en remplaçant régulièrement un reporter-photographe de l’époque qui avait des problèmes de santé. En 1989, on m’a proposé d’intégrer le service photo en tant que journaliste, j’ai évidemment saisi cette chance !

Quel matériel utilises-tu pour la prise de vue ?

J’utilise du matériel Nikon. Un boîtier Nikon D3, un 14-24, 28-70, 70-200, et un 300. Des objectifs très lumineux ouvrant à f/2.8 pour travailler dans des conditions extrêmes.

Quels sont tes deux objectifs favoris et pourquoi ?

Deux objectifs extrêmes. Le 14-24 à 21 mm, un objectif ultra grand-angulaire qui déforme légèrement, mais en l’utilisant correctement il procure une photo très pêchue et extrêmement dynamique. Également le 300 2.8 de Nikon : un caillou fabuleux que j’adore ! Un autre objectif qui est pas mal habituellement : le classique 70-200 2.8 de Nikon, mais je suis assez déçu par le rendu de cet objectif, donc je me force à travailler au 300 mm, même pour du sport en salle !

Quelle est la publication dont tu es le plus fier en 33 ans de carrière?

Je suis content de toutes mes publications, sincèrement ! Je donne le maximum pour chaque photo, j’essaie de sortir la meilleure. Il y a des fois où je peux pinailler parce qu’une photo ne me plait pas et qu’il faut absolument la passer, donc j’essaye de recadrer de façon originale et différente pour que j’en sois satisfait de mon travail.

Plus sérieusement, j’ai eu l’occasion de suivre le tournage de « Germinal » de Claude Berry en 1993, et notamment les figurants de Wallers. J’avais eu un très bon contact avec Renaud et j’ai pu y faire des photos très marquantes !

Côté sportif, bon ce n’est pas une fin en soi, mais j’ai fait la une du journal « L’équipe », ça fait toujours plaisir ! C’était un match de 16e de finale de Coupe de la Ligue à Vannes en septembre 2008. J’étais derrière le but, et après une interminable séance de TAB, les Bretons ont couru vers leur gardien pour le féliciter. Une photo loin d’être extraordinaire, mais qui illustrait parfaitement le titre de « L’Équipe ».

Je n’ai pas encore fait la bonne photo pour ça, mais je ne désespère pas un jour de décrocher une double page dans l’Équipe Mag… ce jour-là, je pense que j’aurai le « boulard »… (rires)

Quel est le reportage qui t’a le plus marqué ?

Un reportage qui m’a empêché de dormir pendant 6 mois il y a une quinzaine d’années. À cette époque, mon chef d’agence était très branché faits divers, et le scan du bureau sur lequel on pouvait écouter les communications des pompiers annonçait une tentative de suicide. On se rend sur place, et une femme au 8e étage d’un immeuble menaçait effectivement de se jeter dans le vide sur la rambarde de son balcon.

Des pompiers discutent longuement avec cette dame depuis le sol, pendant qu’une autre équipe tente de pénétrer chez elle. Elle aperçoit alors des pompiers dans son appartement et elle se jette dans le vide… et… j’ai les photos, impubliables bien sûr !

Même en étant en quelque sorte « protégé » derrière l’appareil, cette histoire m’a marqué plusieurs mois. Tous les soirs en m’endormant, je repensais à cette scène dramatique !

Moins dramatique, un reportage à Lille Grand Palais pour la première de « Germinal », en présence du Président François Mitterand. C’était la course, on essayait de faire une photo originale du Président, et à un moment, je ne sais pas pourquoi : je marche sur un fauteuil et je me vautre lamentablement ! Une fille éclate de rire devant moi, j’en fais autant, et en fait cette fille planquée derrière ses lunettes noires, c’était Isabelle Adjani ! Ce jour-là, je peux dire que j’ai enfin fait rire une fille (joke) !

Autre souvenir marquant : lors de la Coupe du Monde 1998 à Lens, j’étais chargé de faire des photos pour la FIFA. J’avais donc une accréditation absolue et j’ai pu aller dans le bureau du président du RC Lens, Gervais Martel, qui recevait le prince Charles et ses deux enfants William et Harry pour leur offrir le maillot de Lens !

Quel est ton rapport avec les autorités quand tu arrives sur un fait divers ?

Je ne suis pas de nature à rentrer dans le « chou », il faut discuter avec la police et les pompiers et les laisser travailler tranquillement. Il suffit de ne pas jouer au paparazzi et de travailler discrètement à distance. Une photo d’ambiance est suffisante, inutile de montrer les détails, il faut suggérer et rester très pudique. Ce qui compte, c’est de délivrer une information par l’image et pas de jouer au paparazzi.

Comment te protèges-tu lorsque tu es amené à travailler dans le froid ?

Je suis assez frileux de nature, donc en cas de grand froid je n’hésite pas à enfiler deux ou trois épaisseurs aux jambes, et trois à cinq épaisseurs sur le haut du corps ! Avec une bonne protection des doigts également. J’essaye de les bouger le plus possible pour les garder au chaud.

Le match où j’ai eu le plus froid n’était pas dans le Nord mais à Sedan en décembre 2004. Lors d’un match de Coupe de France opposant Sedan (Ligue 2) à Feignies (CFA 2) et comptant pour le huitième tour. Ce jour-là, dans un stade « vide » (4000 spectateurs dans un stade de 23 000 places) le thermomètre est descendu à -17°C en soirée !

As-tu une technique pour photographier sous la pluie ?

Simplement le pare-soleil pour protéger la lentille frontale du 300mm. Je protège éventuellement le boitier avec un sac-poubelle en cas de forte averse. J’ai tout un tas de protection pluie que m’a envoyé Nikon, mais je ne les utilise pas. Un objectif comme le 300 2.8 de Nikon est tropicalisé et conçu pour travailler dans les pires conditions, y compris la pluie. Je l’essuie juste de temps en temps. Cette méthode fonctionne très bien et est moins contraignante qu’une protection pluie dédiée.

Comment entretiens-tu ton matériel ?

Une fois par an, je confie à des spécialistes mon boitier pour un nettoyage du capteur. À chaque fois que je vais récupérer mon appareil, j’ai la même réflexion « ahlala il était vachement sale » (rire). Sinon je pulvérise un petit coup d’air sec de temps en temps quand je constate trop de poussières lors du post-traitement. Je ne suis pas persuadé que ce soit la meilleure des solutions, il faut donc y aller délicatement pour ne pas détériorer le capteur. Une petite soufflette est probablement moins dangereuse !