Daniel Gerard, Photographe (auto-entrepreneur)

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Daniel, 43 ans, marié, deux enfants. Pas très sportif, en revanche mes tribulations en nature, pour la photo animalière, me contraignent à un effort physique régulier…

Quels sont ton métier et ta spécialité ?

Je suis formateur salarié la semaine (les métiers de l’environnement), après une dizaine d’années de travail social, et photographe Autoentrepreneur (sur le terrain) le week-end, et au bureau les soirs de semaine.

Quel a été ton parcours pour devenir photographe ?

J’ai démarré la photo il y a un peu plus de quinze ans. Un divorce, et la photo était pour moi un moyen de me rapprocher de mes filles. Puis j’ai compris que l’on pouvait influer sur le résultat obtenu. J’ai creusé un peu la question, et j’ai commencé à m’intéresser aux notions de vitesse, d’ouverture…

Mon premier boîtier était un Canon EOS 500n je crois, vendu en kit. J’en étais très content, mais dès que j’eus le sentiment de maîtriser un peu plus ma production, je suis passé à deux boîtiers plus solides : EOS 5, dont l’af était piloté par l’œil à l’époque. C’est là que j’ai commencé de remplir des corbeilles à papier de diapositives, rejetées de mon tri. La diapo ne pardonne pas sur l’expo, une excellente école.

Quel est ton domaine favori ? Mariage, animalier, concerts ?

Je ne me considère « spécialiste » en rien… À peu près tous les domaines m’intéressent, à l’exception de la photo urbaine, ou l’architecture.

La photo de mariage me permet de satisfaire ma soif de contact. J’aime être entouré, et le photographe lors d’un tel événement prend une place particulière en satellite, très proche des mariés, sans être envahissant. Une véritable relation se crée en très très peu de temps. Je ne vis ça nulle part ailleurs.

La photo animalière… Haaa… C’est mon bonheur. J’ai besoin de ces temps d’attente, d’affût, d’écoute. Je me ressource lors de mes explorations en nature. Je sors de plus en plus souvent accompagné de complices. Ce n’est pas forcément l’activité solitaire que l’on imagine.

La photo de concert, c’est ma récréation. Pas d’enjeu particulier, je m’accorde le droit à l’erreur. Et pourtant techniquement c’est assez compliqué parfois de travailler contre la montre : pas plus de 5 ou 6 min de photos dans certains cas.

Je m’épanouis aussi au studio de temps en temps, sur des projets perso, ou au profit de futures mamans, par exemple. Du nu plus rarement, car dans ce domaine, je suis très exigeant quant au projet.
Je regrette parfois de ne pas creuser davantage dans un domaine particulier, d’en comprendre plus finement les rouages, et de progresser simplement. Toucher à tout, c’est aussi n’être réellement bon à rien, non ?

Quel matériel utilises-tu pour la prise de vue ?

Aujourd’hui c’est un Canon EOS 1D MK III, un 1D MK IV d’ici quelques semaines en renfort. Côté optiques, je privilégie de très loin les focales fixes, lumineuses, fiables, et précises. Elles m’obligent à me placer. J’ai toutefois encore recours aux zooms en reportage, car la maniabilité l’emporte dans ce contexte.

Quels sont tes deux objectifs favoris et pourquoi ?

J’adore mon Canon 50 1.4 pour son extrême polyvalence, sa légèreté et sa discrétion. Naturellement, mon Canon 300 2.8 me comble également : seul pour le sport, et couplé au doubleur en animalier, il délivre encore un résultat très acceptable pourvu que l’on ne maltraite pas ses RAW.

As-tu un accessoire ou une trouvaille qui t’est indispensable lors de tes reportages ?

Je ne pars jamais en concert sans mes bouchons d’oreille. Je ne pars jamais photographier des enfants sans mon nez rouge dans le sac. Et je ne pars jamais en mariage sans mon sourire et ma femme. Elle est vite devenue une indispensable collaboratrice. Les mariés apprécient au moins autant que moi ses interventions toujours pertinentes. Elle sait cultiver ce que j’appelle « la juste distance ». Elle alimente à ma créativité aussi.

Quels conseils peux-tu donner à un photographe amateur qui souhaiterait s’initier à la photographie animalière ?

Ça tient en un mot : le réseau !! Seul, on ne réussit pas grand-chose dans ce domaine. Et je dois mes plus beaux spots aux copains (Séb et Jéjé, si vous me lisez…).

Concernant le post-traitement de tes images, avec quel ordinateur et avec quel (s) logiciel (s) travailles-tu ?

Je post-traite, trie et classe tous mes fichiers sous Lightroom. Une écrasante majorité de mes photos n’a jamais vu Photoshop, que je réserve aux montages (généralement en studio), ou à de la retouche, c’est très ponctuel.

Tout ça tourne très bien sous Mountain Lion, avec mon vieil iMac. Je suis très attaché à ma config dual screen.

RAW ou JPEG ?

RAW bien sur !! Je ne tiens pas à laisser le boîtier traiter mes images à ma place. Toutes les infos sont dans le RAW, et j’aime cuisiner ! On a la possibilité de tout maîtriser, alors pourquoi s’en priver ?

As-tu une technique pour photographier sous la pluie ?

Protection du matériel, histoire d’avoir l’esprit tranquille, une vitesse si possible pas trop élevée pour ne pas figer l’eau sur l‘image. Ma meilleure expérience sous la pluie, ce fut un mariage.

Qu’est-ce qui t’attire dans la photographie de concerts ? Quels sont les difficultés et les petits « plaisirs » de cette discipline ?

J’entretiens un rapport étroit avec la musique. Photographier des artistes que j’écoute pour certains, depuis longtemps, c’est vraiment satisfaisant. La difficulté : le temps d’intervention très court, la proximité avec des collègues pas toujours délicats, les changements d’optiques.En concert, je me singularise par cet usage exclusif de focales fixes. Ce qui est vraiment gratifiant, ce sont les retours des artistes eux-mêmes, sur mon travail, quand ça arrive. La ferveur d’un public chauffé à blanc, c’est communicatif aussi !!

Comment fais-tu pour te faire accréditer à un concert ?

Il faut se rapprocher de la production directement, ou intégrer un collectif de photographes de spectacle (il en existe plusieurs dans la région).

Quel est ton sac favori ?

Mon sac « concert » : Boitier, 135 mm, 50 mm, 15 mm, pas de flash.

Quel conseil pourrais-tu donner à un photographe amateur qui désire couvrir le mariage d’un proche ?

Si c’est une première : faire confiance au photographe mandaté, et ne pas lui faire obstacle. S’il est « l’officiel » : tout est question de rythme. Il faut impulser quelque chose. Les mariés doivent se sentir guidés, mais pas dirigés. Le matériel en double exemplaire, c’est vital. Une écoute subtile des mariés aussi, de leurs attentes. 
Techniquement, il faut être parfaitement au point. Pas le temps de chercher, dans l’action. On doit se libérer l’esprit, ouvrir en grand la vanne de la créativité, ça passe par une connaissance fine de son matériel, d’une part, et des techniques à mettre en œuvre d’autre part. La maîtrise du flash est un atout incontestable.

Est-ce que tu gardes parfois des contacts avec les couples passés sous ton viseur ?

Holalala… Nombre d’entre eux sont devenus des amis !! D’ailleurs il va falloir qu’on se calme !! J’ai ainsi eu l’occasion de couvrir les mariages de trois sœurs par ici, deux autres sœurs, par là, sur quelques années. D’appréhender la grossesse d’une mariée, quelques mois après l’événement, quelques bébés ou de travailler sur des projets plus personnels.

La photographie de mariage est souvent une activité « alimentaire » aux yeux de la plupart des photographes, qu’en penses-tu ?

Comment dire… Je me réalise vraiment lors de ces journées si particulières. Il ne faut pas oublier que pour les gens avec qui je collabore, c’est LA journée. Les personnes qui gravitent autour des mariés sont heureux, et je m’imprègne de tout ce bonheur. C’est vraiment très agréable. Ça passe très très vite. Au-delà de la responsabilité que cela représente, j’ai du mal à placer « mariage » et « travail » dans la même phrase.

Quel est d’après toi l’avenir de la photographie professionnelle?

Je n’envisagerai jamais d’en faire mon activité unique. C’est bien trop compliqué. Il faudrait pour cela développer des compétences périphériques qui me sont complètement étrangères, comme la relation commerciale. Le fantasme du photographe pro anime encore bien trop de monde… Et nombreux sont les malheureux qui paient cher la désillusion d’un milieu, qui comme bien d’autres, n’échappe pas aux règles économiques.

Dernier sujet, as-tu un site internet ? Comment l’as-tu conçu ? Que t’apporte-t-il ?

Je dispose d’un site, bien sûr. Je ne l’ai pas conçu, un ami (encore un…) me l’a mis entre les mains, prêt à l’emploi, je n’ai eu qu’à le remplir. Il s’agit d’un ensemble de galeries. J’y ai adjoint un blog, qui me permet d’écrire un article lors d’une mise à jour du site. Ce n’est pas le modèle idéal, mais ça correspond à mes compétences nulles en webmastering. Ce site c’est ma vitrine. Je n’y poste pas toute ma production bien entendu. Il reflète assez fidèlement mon approche, renseigne mes clients, et rassure mes modèles. Et puis, je pense qu’une photo ne vit que si elle est vue.