Clovis Gauzy, Photographe (auteur)

Clovis en juillet 2011, Grand Prix de Marmande de GrassTrack – Photo : Kevin Sarlat

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quels sont ton métier et ta spécialité ?

En réalité, j’ai plusieurs cordes à mon arc, mais celle que je tends le plus en ce moment est celle du photo-reporter. J’aime beaucoup la photo de spectacles vivants, mais c’est un univers très difficile et je me tourne désormais de plus en plus vers la photographie de sport. À côté de la photographie, je suis éclairagiste essentiellement pour le théâtre et mes compétences informatiques m’amènent à participer à des projets web à l’occasion.

Quel a été ton parcours pour devenir photographe-auteur ?

Inconsciemment, je me suis intéressé à la photo très tôt, en jouant avec l’appareil de ma mère et de temps en temps en tirant des clichés noir et blanc. Mais je ne suis revenu à la photographie que récemment, pendant ma formation de régisseur lumière. À l’origine, je voulais surtout capter des ambiances en ville ou ailleurs pour pouvoir les transposer sur scène, mais petit à petit, le numérique m’a permis de faire beaucoup d’essais photographiques et le portrait sur le vif m’a très vite attiré. J’en profitai aussi pour photographier les spectacles que je mets en lumières, pour mon propre book, mais aussi pour le plaisir. Et puis un jour, j’ai fini par aller taper à la porte de la salle du coin, qui m’a permis de shooter mes premiers concerts… Petit à petit, j’ai affuté mon œil, renouvelé mon matériel et décidé d’en faire ma vie.

Quel matériel utilises-tu pour la prise de vue ?

Actuellement, j’ai un Nikon D700, sur lequel je jongle avec un Sigma 24-70mm 2.8 DG EX HSM, un Nikkor AF 80-200mm 2.8 D ED, un Sigma 120-400 4.5-5.6 que j’utilise surtout sur les bassins d’aviron et un Medical Nikkor 200mm de 2e génération complet dans sa mallette, mais que je n’utilise quasiment jamais.
J’ai aussi un Coolpix P7000 histoire d’avoir toujours un appareil correct sur moi pour ne pas rater un moment à figer…

Quels sont tes deux objectifs favoris et pourquoi ?

J’ai toujours mon Sigma EX 24-70mm f/2.8 accroché à l’appareil, c’est un range confortable pour réaliser toute sorte de photographie dans n’importe quelle condition, et le format du Sigma le rend plus transportable que le Nikkor. Je suis quand même tenté de le remplacer par le Nikkor 24-120mm f/4 pour sa plus grande allonge et sa qualité optique, mais je crois que l’ouverture à 2.8 me manquerait trop rapidement…
Je n’ai pas de deuxième objectif préféré pour le moment : ensuite, chacun a sa fonction. Disons que j’utilise le plus le 80-200…

Quel est le cliché ou la publication dont tu es le plus fier ?

Actuellement, très peu de publication à mon actif, alors chaque publication est un bonheur pour moi ! Néanmoins, je refuse toute forme de gratuité pour l’exploitation professionnelle de mon travail.

Après, pas évident de choisir un cliché en particulier, mais je retiens celle-ci, prise lors de la Coupe de France 2010 après la victoire du 8+ séniores dames, parce qu’elle(s) dégage(nt) énormément d’émotion et aussi parce que ce championnat reste un très bon souvenir !

As-tu un accessoire ou une trouvaille qui t’est indispensable lors de tes reportages ?

Heu… non pas vraiment… ça compte le fait que je m’installe dans ma voiture quand je pars en reportage ? ^^

Que préfères-tu photographier et pour quelle (s) raison (s) ?

J’aime beaucoup photographier du spectacle vivant, de l’aviron ou de la photographie de rue (même si j’en fais très peu ces derniers temps). Dans tous les cas, je recherche des émotions, de l’énergie… du vrai. Et les rares photos posées que je réalise le sont parce qu’elles accompagnent l’instant (à l’image de celle au dessus).

As-tu trois conseils à donner à un photographe amateur qui souhaiterait s’initier à la photographie de concert ?

C’est un conseil que je donne à tous ceux qui veulent se lancer dans la photographie en tant qu’auteur : si tu crois en tes images, fonce, mais ne t’attends pas à gagner facilement ta vie avec. Et surtout, ne brade pas ton travail : il y a la valeur de l’investissement et de l’expérience que tu auras mis dans sa réalisation.
Après, trouve-toi de bonnes protections auditives, car se coller aux caissons de basses pour choper un bon angle, ça arrive vite, mais ça ne pardonne pas toujours…

Concernant le post-traitement de tes images, avec quel ordinateur et avec quel (s) logiciel (s) travailles-tu ?

J’ai un MacBook Pro 13 pouces que j’emporte avec moi à peu près partout pour traiter rapidement les clichés du jour. Je travaille avec Bibble 5 pour ses vertus en ligne de commande et sa compatibilité exemplaire (mac/win/linux).

As-tu une technique pour photographier sous la pluie ?

Non, pas vraiment… De bons vêtements si on s’y prépare et un poncho de pluie toujours dans le sac pour ne pas se faire surprendre par l’averse passagère. Après, l’équipement haut de gamme est plutôt bien protégé sur les questions d’humidité, donc si on fait bien attention à ses sacs et qu’on garde le matériel jusqu’au dernier moment à couvert, tout devrait bien se passer.

Quel est d’après toi l’avenir du photographe auteur ?

Comme pour tout métier, si on apprend à se prendre par la main et se serrer les coudes, tout le monde peut s’en sortir avec son petit pécule pour vivre honnêtement. L’activité d’auteur découle naturellement des droits d’auteur français et permet d’évoluer d’une activité artistique rémunératrice occasionnellement à une activité bien plus régulière et professionnalisée. Ça reste un statut abordable administrativement et peu contraignant. Le seul problème, c’est que la plupart des administrations, Impots en premier, n’ont pas l’habitude du statut d’auteur et beaucoup fonctionnent comme si on dépendait de l’URSSAF et certaines personnes n’ont même jamais entendu parler de l’AGESSA… C’est un peu chiant à force de devoir tout réexpliquer à chaque fois…

Les médias sont de plus en plus friands d’images, et leur nombre a explosé grâce au net. Malheureusement, ils sont paradoxalement de moins en moins enclins à rémunérer les photographes et je m’entends souvent demander si les photos sont « libre de droits » quand je tente de placer mes photos de sport dans la presse. Si les photographes continuent à soutenir ensemble que tout travail mérite salaire (même pour un amateur) et que les diffuseurs se mettent sérieusement à jouer le jeu d’une rémunération proportionnée et équitable, je pense qu’on en verra que du bon.
Autre problème : les licences creative commons et consorts, tout particulièrement celles ne limitant pas l’utilisation commerciale des photographies couvertes, et qui finissent allègrement en illustration d’un article de presse en ligne, tel que Rue89 ou Slate, et dont le lien entre article et images est souvent capillotracté…
J’espère juste qu’on reprendra conscience, un jour, qu’il est paradoxal de parler de crise de l’emploi et continuer à refuser de rémunérer quelqu’un pour son travail, ou à des tarifs ne lui permettant pas d’assurer une indépendance financière…

Au final, je me recentre de plus en plus vers une activité artistique pure pour tenter de gagner ma croute. En ce moment je tente de lancer un livre de belles photos sur l’aviron, par la méthode de la souscription… Je croise les doigts pour que ça fonctionne !

Quel est ton sac favori ?

C’est mon gros problème actuellement à vrai dire. J’ai une préférence pour un sac d’épaule, pour son accès rapide au matériel. Mais je commence à trimballer de plus en plus de matériel qui ballottait lourdement autour de moi et tirait sur mon dos, alors j’ai essayé d’envisager d’autres solutions, mais rien ne m’a vraiment convaincu pour l’instant.
Je ne suis pas non plus friand des vestes de photographes avec tout plein de poches et parfois un gros logo Nikon…
Finalement, la solution que me va le mieux reste d’avoir juste un sac ceinture, genre de grosse banane, mais avec des compartiments cartes, calepin, etc., et de porter le matos en bandoulière. Par contre, je testerai bien les sangles type blackrapid et j’envisage l’achat d’une Pellicase pour transporter le matos en avion par exemple.

Comment protèges-tu les images que tu publies sur internet ?

Il n’y a pas de protection vraiment efficace sur Internet, tout se contourne plus ou moins facilement. Alors je préfère me contenter de signer mes photos en bas à droite, avec un filigrane imposant, mais assumé, afin d’être au moins crédité quand on utilise mes photos. Sur mon site, j’utilise un anti-clic-droit sur les photos et je gère moi-même les autorisations de hotlink en proposant une méthode de rémunération proportionnelle pour la diffusion.
Ce qui ne m’empêche pas non plus d’avoir un portfolio nu de tout marquage sur certains sites dédiés photo où j’expose une sélection de clichés.
Je suis par contre plus regardant quant à la diffusion de mes photos, surtout quand il s’agit d’une utilisation commerciale, publicitaire, de communication ou de presse, où entrent des considérations de rémunération et de respect des droits communs… La seule véritable protection des images c’est le CPI et un avocat. Le problème du coup, c’est qu’on passe beaucoup de temps à fliquer ses images…

Dernier sujet, as-tu un site internet ? Comment l’as-tu conçu ? Que t’apporte-t-il ?

Oui bien entendu j’ai un site internet : www.clovis-gauzy.fr. Je passe d’ailleurs énormément de temps à travailler dessus pour ajouter des fonctionnalités. Je pense qu’un auteur-photographe qui veut s’en sortir tout en restant indépendant, doit pouvoir disposer d’un outil personnel en ligne, pas seulement pour montrer son travail, mais aussi pour faciliter la gestion des droits d’exploitation, la vente de tirage, voir plus encore. Une sorte de catalogue d’image en ligne. C’est donc dans cette optique que je fais évoluer le mien.
J’en profite aussi pour aborder le sujet des droits des photographes (et des auteurs en général), appuyé de réflexions sur le métier. L’idée est de pouvoir rendre accessible la législation en vigueur, par le biais de fiches pratiques, à toute personne qui serait amenée à travailler avec des images, qu’il soit photographe amateur ou pro, diffuseur ou juste le simple internaute… Au final, cette section m’apporte parfois plus de visiteurs que mes galeries, mais d’un côté c’est pas plus mal pour la profession si ça permet une prise de conscience !