Benoit Musslin, Photographe (Artisan)

Benoit Musslin au comptoir de sa boutique, « Diaph 16 »

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Quels sont ton métier et ta spécialité ?

Benoit Musslin, je suis commerçant-artisan depuis 1987 à Mons-en-Baroeul près de Lille. Je suis photographe de quartier et spécialisé dans la photographie sociale : je réalise des portraits d’enfants, d’adultes, d’animaux, et de nombreux reportages mariage.

Quel a été ton parcours pour devenir artisan-photographe ?

J’ai étudié la photographie à l’École Supérieure des Arts de Saint-Luc en Belgique.
J’ai commencé par travailler en tant qu’employé pour le photographe Jean-luc Engels avec qui j’ai appris beaucoup de choses. D’une manière générale, la photographie est un métier où l’on apprend beaucoup sur le tas. C’est d’autant plus vrai pour le commerce : on apprend en se frottant au client, tout simplement.

Quelles sont les différences entre un artisan-photographe et un photographe auto-entrepreneur ?

L’artisan-photographe est inscrit à la chambre des métiers et le photographe-commerçant à la chambre du commerce. Il est possible, c’est mon cas, d’être inscrit aux deux chambres. Les charges sociales et diverses représentent dans ce cas environ 50% de ce que l’on gagne, contrairement à l’auto-entrepreneur qui a de faibles charges à payer et qui ne prend aucun risque. De ce fait, il y a clairement une concurrence déloyale des auto-entrepreneurs vis-à-vis des artisans…
Concrètement pour le client, il n’y a pas forcement de différence de qualité : un photographe auto-entrepreneur peut-être un très bon photographe, mais en général il ne pratique pas cette activité à plein temps, il s’agit très souvent d’un complément de salaire.

Quel matériel utilises-tu pour la prise de vue ?

J’utilise du matériel Nikon. Un boitier moyen de gamme, le D90, qui est assez léger, avec un zoom transtandard Nikkor 18-200 mm (AF-S DX f/3.5-5.6) qui me permet de faire un petit peu de tout : aussi bien du reportage que du portrait. J’aime rester léger, sans beaucoup de matériel, pour pouvoir courir vite et pouvoir me placer au meilleur endroit au meilleur moment : sur ce point le D90 avec ses 600 grammes est idéal ! J’utilise également un petit flash Nikon sympathique qui permet d’améliorer la lumière quand on manque un peu de lumière tout simplement.
L’usage du couple D90 / 18-200 pourrait surprendre, mais l’achat d’un boitier très haut de gamme n’est pour moi pas envisageable : le matériel doit rapidement être rentabilisé.

En 2012, quels sont les avantages et inconvénients d’une boutique ayant pignon sur rue ?

Le gros avantage est que je ne suis pas obligé de courir après le client : la clientèle vient toute seule. Une boutique permet également d’avoir un studio fixe pour accueillir les clients et réaliser des portraits rapidement, sans devoir tout réinstaller à chaque prise de vue.

En 25 ans de carrière, y a-t-il un cliché dont tu te souviens particulièrement ?

Lors d’un reportage sur un mariage, j’étais derrière un couple et le mari avait l’air très nerveux, il battait du pied de manière très régulière, ce qui a attiré mon regard ! J’ai donc photographié les pieds des mariés… un bon souvenir perso ! Bon, évidemment cette photo n’a aucun intérêt, mais ça m’a bien fait rire ce jour-là !

As-tu un accessoire ou une trouvaille qui t’est indispensable lors de tes reportages ?

J’utilise une sangle qui a été inventée par un monsieur résidant à Bondues à deux pas d’ici, le « swing stop » ! Cette sangle, bête ficelle qui se croise dans le dos, permet de garder l’appareil photo au centre de gravité du corps. Très pratique pour courir ou grimper sans que l’appareil ne prenne de choc.

Quelles sont les difficultés techniques liées à la photographie de mariage ?

La lumière dans les églises est souvent médiocre, donc il vaut mieux utiliser le flash pour déboucher les ombres. La difficulté principale est de ne pas manquer les moments cruciaux : l’échange des anneaux, le baiser, les signatures, l’échange des consentements. Des moments où il faut des clichés très précis et très lumineux : le flash est donc de mise.
Naturellement pour les photos d’ensemble, les photos de l’assistance et des témoins, on peut prendre plus de temps et travailler en posant. Aux alentours de 800 ISO, on arrive à faire des choses intéressantes. Dans les églises la lumière est faible, mais elle est très jolie et très poétique : je pense notamment aux petites poussières, traversées par un rayon de soleil provenant d’un vitrail, une lumière divine extraordinaire à retravailler en post-traitement !

Sur la plupart des sites de petites annonces, de nombreuses personnes proposent leur service pour la photographie sociale, souvent à très bas prix : quel regard as-tu sur ces « photographes » qui cassent le marché et la qualité ?

Il s’agit de personnes qui ont sans doute besoin de compléter leur salaire. L’état leur propose une solution pour ne pas travailler au noir : le statut auto-entrepreneur, qui permet d’offrir des prestations à très faible prix.
Mais est-ce que ça vaut la peine de travailler, de fournir une prestation de qualité pour un tarif dérisoire ? Il ne faut pas que dans l’esprit des gens, une photo ne vaut rien, comme sur le site Photolia où l’on achète une bonne photo pour 50 centimes : cette pratique a complètement tué la photographie d’illustration. Il y a un risque évident de dévalorisation du métier d’artisan-photographe. La photo vaut quelque chose, la photo a un prix, et il faut payer ce prix là : derrière le prix d’une photo, il y a des années et des années d’apprentissage pour obtenir LE cliché. À force de brader les photos, on vend son âme !

Concernant le post-traitement de tes images, avec quel ordinateur et avec quel (s) logiciel (s) travailles-tu ? RAW ou JPEG ?

Je ne traite pas mes photos sur Mac, mais uniquement sur un PC pour des raisons de cout, d’ailleurs ça marche très bien un PC ! J’utilise le logiciel Photoshop Elements dont le prix est très accessible et les fonctionnalités largement suffisantes pour traiter un cliché.
Niveau format, j’utilise du JPEG pour la plupart des reportages, et du RAW pour les photos importantes. Le RAW permet de retravailler la photo en profondeur, c’est idéal pour les portraits très pointus et éventuellement pour les photos de sports un peu difficiles.

As-tu une technique particulière pour photographier un mariage sous la pluie ?

La pluie c’est affreux ! Il n’y a aucune technique à part se mettre à couvert. J’essaye de trouver un arbre imposant et j’amène le couple en dessous, ou au pire j’utilise un parapluie…

Quel est ton sac favori ?

Je travaille uniquement avec un sac en bandoulière qui se met en travers : on peut le mettre devant, derrière ou sur le côté. Le sac bandoulière est l’idéal pour accéder au matériel immédiatement. Un sac à dos est beaucoup trop handicapant : il faut le défaire, le remettre…

As-tu un site internet ? Comment l’as-tu conçu ? Que t’apporte-t-il ?

J’ai un site internet professionnel : http://diaph16.com/
Il me permet de contacter les clients, de mettre au propre mes tarifs, de présenter le magasin, et de montrer les travaux que je peux réaliser. Il m’apporte une visibilité supplémentaire et une présence sur la toile. Je suis également présent sur les réseaux sociaux pour essayer d’augmenter un peu plus ma popularité.

Dernier sujet : en 2012, conseillerais-tu à un passionné de photo de devenir photographe professionnel ?

Ça dépend de la branche, il y a des tas de branches différentes dans la photographie professionnelle.
Si c’est pour gagner 200 ou 300 euros par mois, autant choisir un autre boulot et être salarié… tout est possible dans la photographie pro, à condition de trouver une niche. Il est encore envisageable de se faire une place, mais il faut vraiment se creuser la tête pour trouver la niche qui permettra de gagner suffisamment d’argent pour nourrir sa famille. Il ne faut pas voir la photo comme un complément de travail, mais vraiment se lancer à fond et là on peut y arriver ! Il faut aller au charbon et y croire ! C’est dans le feu de l’action qu’on trouve les idées et qu’on arrive à se faire une place.